Ô jour lève toi, les atomes dansent
Aurélien Lepage

15.07.2021 - 05.09.2021

Vernissage samedi 17 juillet
18H - 21H


Galerie Héloïse, 37 rue Dunois 75013 Paris



 

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Communiqué de l'exposition

« La nature aime à se cacher.»


De prime abord, cette phrase énigmatique d’Héraclite semble bien peu s’appliquer à ma peinture, tant le végétal y est présent, vivace. Mais à y regarder de plus près, ces feuillages et ces ramures de peinture bruissent de murmures secrets, d’images dissimulées. D’autres feuillages apparaissent sous  
feuillages, d’autres peintures sous la peinture. Dans la langue originale du fragment d’Héraclite, le mot « nature » est désigné par le terme phusis : c’est la nature dans ce qu’elle a de jaillissant, de contradictoire, de mystérieux, apparaissant et s’enfouissant tour à tour.


J’aime l’idée qu’un tableau ne livre pas son sens dès les premiers instants où il est vu, ou plus précisément qu’il puisse offrir différents niveaux de profondeur. Comme dans un jardin, comme dans un tapis, les formes végétales dissimulent autant qu’elles révèlent, invitant à se perdre parmi les entrelacs et les ombres, afin, peut-être, de laisser peu à peu affleurer les voix inaudibles, celles de la nature, des saisons, du cosmos – autant de voix que nous ne prenons plus assez le temps d’écouter.

 


Dans ma peinture, le végétal prend volontiers un aspect ornemental, voire décoratif, à la manière d’un papier peint ou d’une nappe brodée. Je sais que la plupart des artistes ont en horreur ce terme, « décoratif », car il désigne ce qui n’a d’autre intérêt que sa propre joliesse, d’autre visée que l’habillage superficiel d’une surface. Cela peut surprendre, mais j’aime que ma peinture puisse donner cette impression, parfois, aux yeux de regardeurs peu attentifs.


J’y vois une forme ambivalente de discrétion, une manière espiègle de dire des choses profondes sans en avoir l’air, sans forcer le regard. Il ne s’agit pas de faire du bruit, de s’avancer dans le monde de manière tapageuse, mais, dans le silence de l’écoute et de l’observation, d’en épouser au mieux les contours, les rythmes, les mystères. Regarder encore et encore pour voir, sous le masque inoffensif des choses, les trésors cachés et les abîmes infinis.


Pour reprendre l’exemple du tapis persan, il serait très facile de n’y voir qu’un fouillis de lignes et de motifs purement formels et répétitifs. Décoratif, en somme. Mais si l’on se plonge davantage dans les jeux de symétrie et d’entrelacements des formes, alors c’est la magnificence d’un jardin d’Eden qui
apparaîtra, une version réduite et concentrée du paradis et du cosmos. L’infiniment petit contient l’infiniment grand, le dévoile et le déploie.


Tout tourne et se retourne sur lui-même, comme les astres et les atomes, et l’homme est part intégrante de cette danse cosmique.


Une similaire ambiguïté habite ma peinture, chaque élément y étant tout à la fois polymorphe et polysémique. Ce qui apparaît comme une fleur se métamorphose soudain en étoile, un fruit devient une planète, une constellation se mue en toile d’araignée. Tout est dans tout, s’enversant sans cesse dans un mouvement où le terrestre et le céleste ne font qu’un.

 

De même, je choisis volontairement de ménager un certain flou au niveau de la symbolique des éléments que je mets en scène, afin qu’ils conservent toute leur vivacité, toute leur puissance
d’évocation : un buisson pourra être simple buisson ou buisson ardent, un arbre pourra être arbre de vie, arbre de la connaissance ou arbre votif. Ou tout à la fois.

 

Le végétal a ceci d’intéressant qu’il est universel, et permet de croiser les pistes, les cultures, les histoires, de les multiplier comme d’infinis reflets de miroir sur le chemin de la connaissance, suscitant d’infinis et organiques questionnements.


Les matières et les rythmes dont j’use pour élaborer ma peinture empruntent de la même façon le chemin bigarré et énigmatique de la phrase d’Héraclite. Mes tableaux s’apparentent tantôt à des tapis, des nappes, des mouchoirs, des tapisseries, des miniatures ou des céramiques. Je peins très lentement,
chaque peinture nécessitant des semaines, des mois de réalisation. Je passe des heures à broder une grande tige végétale, point par point, ou des heures à peindre des petites traces qui formeront une planète ou une voie lactée : je me fonds alors dans le rythme des plantes qui poussent, des étoiles qui naissent, dans le flux vivant et fragile de la nature.


Lorsque je peins, et lorsque je peins du végétal en particulier, c’est toujours ce poème de Rûmî qui me revient :

« Tout est un, la vague et la perle, la mer et la pierre
Rien de ce qui existe en ce monde n’est en dehors de toi
Cherche bien en toi-même ce que tu veux être puisque tu es tout
L’histoire entière du monde sommeille en chacun de nous. »

Aurélien Lepage

Textes d'Aurélien Lepage

Motif dans le tapis, notes d'atelier, Aurélien Lepage, 2014-2021

L’ornement et la symétrie : dans les marges décoratives de l’Art Brut, Aurélien Lepage,

Création Franche , N°51, décembre 2019

Galerie Héloïse (75013 Paris)