RÊVES GLANÉS
Violette Grosperrin
6 mars - 28 mars 2021

Communiqué de l'exposition

"Des vieux magazines traînaient à l'atelier.
Un coup de déprime et je reprends les photos qui m'avaient retenue.
Une pause dans mon travail de peinture et de création plus difficile, exigeant.
Cette pause m'a apporté douceur et réconfort.
Devenus poèmes posés sur des cartons d'emballage empilés dans la cuisine, les dessins, à mon étonnement, ont touché certains regards. Qu'ils puissent en toucher d'autres."

Violette Grosperrin


L'exposition montre ces aquarelles pour la première fois (série "Baume d'images") et met ce travail en perspective des peintures sur sachets de thé ou sur papiers froissés (triptyques). Ce ne sont pas deux périodes différentes, mais des moments complémentaires dans la vie de l’artiste. Il s’agit toujours pour Violette de se connecter à ses rêves, par la composition harmonieuse des couleurs, la présence singulière de la nature, la mise sur le papier de pensées poétiques, la recherche de volumes légers dans les surfaces. Les peintures ont cette ambition d’essayer d’en figer quelques bribes pour pouvoir les conserver, les comprendre et les faire vivre; les aquarelles en sont une passerelle plus simple, un travail quotidien pour retrouver des sensations premières et apaisantes.

 

Interview de Violette par Marie Morel, REGARD N°113, novembre 2011

 

Violette, quand as-tu commencé à peindre ?

Dès que j’ai tenu un crayon, j’ai aimé dessiner, c’était la joie de redire le monde, un moyen de s’isoler, de laisser pisser le mérinos, d’être en résonance avec la nature dans sa beauté, et les émotions qu’elle suscitait et aussi avec quelque chose de mystérieux à l’intérieur de moi et du monde. J’ai découvert très tôt à l’école, que je dessinais pas comme les autres et j’ai compris que ce devait être de la poésie. Le dessin me permettait d’être seule et que ce soit supportable. Adulte, je n’osais pas peindre, je m’suis mise très tard.

 

Tu as une technique très personnelle, comment est-elle arrivée ?

Tout naturellement. Je faisais travailler des enfants, on utilisait le papier journal, on le froissait, le collait. J’ai fait la même chose dans mon propre travail, et le relief m’a aidé à imaginer des histoires…

 

Comment te vient l’idée de tes peintures ?

Avant de commencer, j’essaie toujours de faire le point. Qu’est qui compte dans ma vie, qu’est-ce qui a été important, vers quoi je souhaite aller. J’ai beaucoup travaillé sur mes rêves. Ils ont éclairé ma vie, et je m’en inspire aussi.

 

Comment se construisent tes peintures ?

Peu à peu, j’improvise. C’est proche de la musique, il faut du rythme, des contrastes.

Je pars souvent d’une idée, d’une image « cœur », et tout va s’organiser autour.

 

Certaines de tes œuvres sont réalisées avec des petits sachets de thé que tu as assemblés et peins. Comment et pourquoi réalises-tu ces œuvres très particulières ?

J’ai vu un jour un tas de sachets de thés usagés. J’ai trouvé ça beau, et ça sentait bon, je me suis dit qu’un jour j’en ferai quelque chose. Après des reliefs de papier, j’ai fait des reliefs de sachets de thé, tous ces reliefs activent mon imagination.

 

Tu t’inventes des supports très personnels, parfois des petits paquets emballés dans du papier journal que tu assembles et peins, peux-tu nous raconter ?

Je suis allé au Louvre et j’ai été « emballée » par les portes de Darius en briques vernissées ? J’ai eu envie de faire des sortes de briques de papier à mon échelle, mais ce n’est qu’un support, j’accorde plus d’importance à ce que j’inscris dessus.

 

Comment sens-tu la couleur ?

Pour moi la couleur est sensualité. Elle est chair, odeur, le teint d’un fruit, d’une fleur, d’un ciel, d’une vague… Elle est toujours plus belle dans la nature. C’est une quête, elle peut même décrire un état d’âme. Je ne peux me limiter. Je les aime toutes.

 

Que représente la peinture pour toi ?

C’est un lieu de contemplation, de silence, de présence aux mystères de la Vie. Si le peintre est artiste, il peut saisir quelque chose du monde ou de lui-même et le donner à voir, c’est du réel intensifié. Mon travail de peinture est un effort, un chemin à tracer, il faut s’y coltiner, ce n’est pas facile, c’est du vivant qu’il faut créer.

 

Que racontent tes peintures ?

Mes peintures parlent d’expériences intérieures, elles sont peuplées de personnages, d’animaux… qui sont des symboles. Elles parlent de tous ces êtres qui sont en nous, comme en strates, ceux qui nous ont précédés, ceux qui ont comptés, ceux qu’on ne connaîtra jamais mais qui comptent aussi. Ce sont toutes les facettes de notre être. C’est un peu un feuilleté déroulé. J’essaie de donner la parole à l’inconscient qui en sait beaucoup plus que moi.

D’où te viennent tes idées ?

De mon vécu, intérieur et extérieur mêlés. Je ne veux pas m’écarter de cela.

 

Y’a-t-il des peintres que tu admires et qui influencent ta vie de peintre ?

J’ai une culture butineuse et oublieuse. J’ai toujours craqué pour Goya, les dessins de Rembrandt et de Van Gogh, les anciens Flamands, Vermeer, Chardin, Bonnard, Chagall, les miniatures arabes, indiennes, occidentales, l’art roman.

Je connais mal l’art de mon époque, ce que j’en connais me touche peu. J’ai l’impression qu’il s’intéresse plus à l’homme de masse qu’à l’individu

 

Comment définirais-tu ta peinture ?

C’est une peinture introvertie, elle s’adresse à l’intériorité de l’autre. Grave et joyeuse.

C’est une peinture narrative, j’espère « alchimique ». C’est une peinture de « chambre » comme la musique du même nom, faite pour être regardé par un individu qui prend du temps, par une lumière douce, de loin comme de prêt et dans tous les « sens ».

 

Où travailles-tu ?

A la campagne. Par la fenêtre je vois le jardin, les arbres, les oiseaux, les nuages, le vent… la nature, qui pour moi, contient tout l’art.

 

Quelle est la place de la musique dans ta vie ?

Une grande place, je ne peux m’en passer. J’ai commencé à pratique un instrument très tard, et ça m’a nourrie. Je peins en musique « à tue-tête ». Ça m’aide à plonger en moi-même, je n’ai pas d’autre drogue. La musique complète la peinture qui est silence. Toutes les deux, elles s’aiment. Comme pour la peinture, j’ai un faible pour ce qui est ancien. J’adore Bach, les musique de chambre et les solos plus que les symphonies. J’aime les musiques du monde.

 

Quelle est ta vie ?

Une vie de femme simple, une vie de mère de famille, puis de grand-mère qui aime peindre, faire de la musique, jardiner, être proche de ses enfants et petits-enfants. Je ne vais pas en vacances et j’ai peu de loisirs.

 

Quels sont tes désirs de peintre ?

Poursuivre ce travail avec courage et rigueur. Y acquérir, dans la limite de mes possibilités, la liberté. Que cette liberté devienne peinture et transforme mon être en profondeur. J’aimerais que ma peinture touche, en celui qui la regardera, quelque chose de secret auquel il tient beaucoup.

 

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